N° 5
décembre 2018
Point de vue
Pâturage équin dans les dunes landaises
Sur la commune de Mimizan, au sein de la réserve biologique dirigée (RBD) de la Maillouèyre, une prairie humide arrière dunaire est depuis mai 2017 le cadre d‘une expérimentation de pâturage équin.
Cette démarche de gestion conservatoire est un test alternatif aux travaux mécanisés en prairies humides. Celle-ci vise au maintien des milieux ouverts et favorise l’hétérogénéité des milieux et de la flore pionnière, objectifs du plan de gestion de la RBD.
Auparavant fauchée mécaniquement tous les 5 ans, cette prairie est aujourd’hui entretenue par deux chevaux de race hispano-arabe Elio et Grenelle. Caractérisée par leur rusticité et leur docilité, le choix de l’espèce a aussi été fait en fonction des contraintes techniques et financières, et du fait de la souplesse de mise en œuvre. En effet, ces chevaux appartiennent aux personnels ONF locaux et sont utilisés pour faire les tournées de surveillance sur la Réserve en période estivale.
Il s’agissait également de choisir des animaux nécessitant peu de surveillance, le site étant à l’écart des sentiers balisés. Ces animaux ne demandent pas non plus d’entretien régulier, ni de veille sanitaire particulière puisque les traitements antiparasitaires préventifs ne sont pas obligatoires à contrario des bovins ou ovins.

La pâture est divisée en deux enclos d’un peu plus de 1,5 ha chacun ; la pression de pâturage est, dans un premier temps, exercée a minima. Pour cela, le pâturage est "flash" sur une période définie de mai à septembre, n’excédant pas plus de 15 jours dans un enclos.
A la différence de certains projets d’éco-pastoralisme, le nombre de chevaux introduits a été déterminé selon la disponibilité locale. Et c’est la surface pâturée qui a pu être ajustée en fonction des observations de terrain.
En 2018, sans zone exondée franche, le pâturage a commencé très tard à cause des fortes précipitations de l’hiver dernier et donc de la présence de sols encore engorgés au printemps. Les lisières forestières ont été élargies afin d’offrir davantage de zones d’ombre.

Quelques préconisations techniques, afin de limiter la création des équipements présents
Il est nécessaire d’aménager au minimum :
- Un abri pour les périodes de fortes chaleurs (zone d’ombre)
- Un point d’eau abreuvoir, rempli 1fois par semaine, l’occasion d’une surveillance visuelle systématique à chaque passage de l’état des animaux, du comportement (stress…), de l’état corporel (présence de tiques, blessures…)
- Un accès à la pâture pour véhicules à moteur (acheminement de l’eau)
- Des clôtures électriques amovibles à larges rubans (plus facilement repérés par les animaux en transit sur le site notamment les oiseaux)
- L’intégration d’une zone boisée et arbustive (lisières forestières avec petits et gros ligneux, source de nourriture complémentaire et zone de refuge pendant la période estivale)

L’impact en matière de préservation de la biodiversité, suivi et mesuré sur le long terme
Un suivi de la végétation avant et après pâturage permettra de mettre en évidence l’évolution des habitats naturels et l’intérêt patrimonial de la démarche, plus précisément comment la richesse spécifique du couvert végétal évolue, les populations floristiques qui se maintiennent, disparaissent ou apparaissent au fil des années de pratique...
Le pas de temps de suivi est encore trop court pour en tirer des conclusions mais des tendances s’observent tout de même, induites par les spécificités liées au comportement alimentaire des bêtes.
Les chevaux apprécient particulièrement les feuilles et fleurs du roseau (Phragmites australis), dont le développement a été limité. Ils ont fortement sélectionné les graminées de faible hauteur et les jeunes pousses de saules. Par contre ils dédaignent le Piment royal (Myrica gale) et les fougères…
Bien que la charge de pâturage soit faible, on constate rapidement l’apparition de micro-habitats induits par le piétinement dans les sols les plus humides. Une nouvelle flore fongique se développe aussi rapidement là où sont concentrés les excréments et les apports nouveaux en matière organique.
Malgré le peu de recul sur l’opération, l’objectif qui vise à réduire la dynamique d’embroussaillement est rempli. Si le piment royal prend trop d’ampleur, il sera certainement pertinent d’intervenir sur les refus après coup afin d’éviter un appauvrissement de la richesse floristique. Il est aussi possible que les chevaux, contraints à rester sur ce petit espace, s’habituent à consommer la plupart des végétaux comestibles présents et à ne plus se concentrer uniquement sur les espèces les plus appétentes.

Une troisième année test
L’expérimentation se poursuivra en 2019 avec quelques mesures d’appoint :
- La cohabitation avec les usagers du territoire : le nourrissage est le comportement à surveiller qui pourrait être le plus problématique. Les visiteurs donnent généralement du pain aux chevaux, aliments trop riches et non adaptés pour eux. Par la suite, des panneaux d’information seraient utiles à la sensibilisation du public et leur générosité inadaptée.
- Les espèces inféodées aux milieux aquatiques : les populations d’amphibiens et d’odonates seront évaluées dans le cadre des suivis faunistiques annuels. En effet, le risque d’eutrophisation, la turbidité ou encore le piétinement peuvent modifier drastiquement les caractéristiques physico-chimiques de l’eau des mares et ainsi induire un impact sur ces populations, tout comme le développement de certaines plantes indésirables.

L’expérience se poursuit l’année prochaine pour trouver le meilleur compromis et l’ajustement entre la pression de pâturage et la ressource alimentaire disponible, le maintien de la bonne santé des animaux et le bon niveau d’entretien des milieux ouverts.

Photo : Haut Emilie Sautret - Bas Raphaël Jun


Emilie SAUTRET Chef de projet environnement et accueil du public

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