N° 5
décembre 2018
Littoral et gestion durable
Gestion des pelouses dunaires : adapter les méthodes aux enjeux
Au sein de la réserve biologique de la Côte d’Opale (Merlimont – Pas de Calais), les systèmes biologiques se classent en deux séries, l’une humide (hygrosère avec la Plaine Interdunaire et les pannes dunaires) et l’autre sèche appelée xérosère, constituée de sables marins plus ou moins calcarifères, formant des successions de cordons dunaires parallèles à la côte.

La xérosère est décomposée en deux sous-ensembles du fait de leurs caractéristiques géomorphologiques, physiques et biologiques différentes.
- La dune bordière, soumises à l’action permanente des vents et de la mer, présente une diversité biologique faible et très spécialisée. Les enjeux de conservation consistent à suivre sa libre dynamique naturelle sur le long terme.
- Les dunes sèches à mésophiles à l’arrière de la dune bordière, résultent de la stabilisation du modelé éolien en relation avec l’ancienneté des dépôts sableux. Plusieurs paramètres conditionnent la qualité et l’originalité de ces groupements végétaux en place: les facteurs géomorphologiques (microtopographie,..), les facteurs pédo-climatiques (l’exposition, la décalcification des horizons supérieurs, la compatibilité des sables..), les facteurs biotiques (influence du lapin), ou encore les facteurs anthropiques (effets de la gestion passée, les dépôts atmosphériques favorisant leur nitrophilisation). Les habitats apparaissent donc dans l’espace sous forme d’une mosaïque complexe d’habitats élémentaires herbacés, arbustifs ou arborescents.

Sur les 460 ha que compte la réserve, les dunes sèches à mésophiles couvrent une surface de plus de 180 ha décomposée en 4 grands types de structures de végétations : une quarantaine d’hectares de pelouses dunaires, une centaine pour les fourrés dunaires, vingt pour les boisements et une dizaine pour les surfaces de sable nu. Si toutes ces végétations présentent un fort intérêt de conservation au niveau national voire européen, l’objectif premier reste le maintien dans un bon état de conservation des pelouses et surtout celles à Phléole des sables et Tortule (Tortulo ruraliformis-Phleetum arenarii).

Les actions de gestion (entretien et/ou restauration) entreprises pour maintenir les milieux ouverts de la xérosère, vont dépendre de 5 paramètres : l’état de conservation de l’habitat, la sensibilité du milieu à l’intervention (cas des pelouses muscinales sujettes au piétinement), la structure à débroussailler (buissonnante, arbustives ou arborée), la topographie (conditionnant l’aspect manuelle ou mécanique de l’intervention) et l’aspect financier (crédit disponible annuellement). En fonctions de ces critères, 5 grandes méthodes sont retenues :

1 - Pour les milieux fragiles comme les pelouses licheniques ou muscinales dont le taux de fermeture reste faible (moins de 75% de la surface), l’arrachage sera systématiquement mis en œuvre et concerne principalement l’Argousier (Hippophae rhamnoides). L’intervention s’élève entre 4000 à 6000€/ha .

2 - Pour les structures denses de faible surface ou à relief chaotique, le choix se porte sur une intervention manuelle à la débrousailleuse avec exportation de la matière pour un coût entre 2500 à 3500€/ha.

3 - Pour les structures denses de faible hauteur (< à 50 cm de haut), la restauration se réalise sur deux fois avec le passage au girobroyeur la 1ère année N suivi l’année suivante N+1 d’une fauche manuelle à la débroussailleuse. L’intérêt de la méthode permet de diminuer le coût par rapport à la technique précédente et de faciliter l’intervention manuelle pour exporter la matière l’année N+1. Le coût totale est de l’ordre de 1500 à 2600 €/ha.

4 - Pour les structures denses et évoluées sur de grandes surfaces (du fourrés jusqu’au stade arbustif), elle se réalise par un broyeur avec exportation de la matière et d’un passage au broyeur lourd à marteau. Elle ne peut se faire que sur des surfaces planes et ponctuelles du fait du coût (supérieur à 5000€/ha). Elle permet aussi de minimiser les entretiens les années suivantes.

5 - Enfin, une dernière piste de travail est à l’étude depuis quatre ans, en couplant deux techniques : intervention mécanique et bétail. Une première intervention au girobroyeur entrouvre le milieu dans les fourrés dunaires faiblement évolués (< à 1 mètre de haut). Dès que les premières structures herbacées apparaissent, un pâturage bovin printanier et automnal est mis en place, de façon contrôlée. A mesure que le bétail rouvre le milieu, une gestion d’appoint est entreprise avec le passage en période estivale d’un girobroyeur pour couper le refus, et par un débroussaillage manuel en hiver des secteurs réouverts par l’action du bétail (action mécanique par le passage des animaux et abroutissement de la végétation).

Le bilan réalisé à la fin du dernier plan de gestion de la RBD (2005-2016) met en évidence que seulement un tiers des pelouses du site sont estimées dans un bon état de conservation. De plus, la restauration et l’extension des pelouses du Tortulo ruraliformis-Phleetum arenarii n’est que partiellement atteint. En cause, le coût très élevé de la gestion de ces milieux particulièrement fragiles et la difficulté d’obtenir un résultat probant sur les autres secteurs dunaires ouverts par débroussaillage. Force de constater que l’enrichissement du sol par les végétations défrichées (argousier, fixateur d’azote, notamment) ne permet pas de retrouver immédiatement, après intervention, les caractéristiques floristiques de cette association végétale.

D’autres pistes de travail devront être étudiées pour non seulement diminuer les coût de gestion (retour de la dent du lapin) mais aussi être novatrices comme le décapage des couches humifères pour retrouver sur le long terme des conditions stationnelles favorables pour l’habitat du Tortulo ruraliformis-Phleetum arenarii.

Photos :
haut :action mécanique par le passage des animaux et abroutissement de la végétation

bas :Tortulo ruraliformis-Phleetum arenarii


Frantz VEILLE Technicien Forestier Littoral

Bibliographie
DUHAMEL, F., 1996. - Étude floristique et phytocénotique des dunes de Merlimont. Dossier I : inventaire de la flore, description des habitats et évaluation patrimoniale. Dossier II : propositions de restauration et de gestion conservatoire. Dossier III : patrimoine floristique et phytocénotique des pannes inondables et des mares des différents systèmes dunaires. Centre régional de phytosociologie / Conservatoire botanique national de Bailleul, pour l’Office national des forêts et le Conservatoire de l’espace littoral et des rivages lacustres dans le cadre du Projet Life 92-FR-013, 3 vol., I : 1-150 ; II : 1-75 + annexe ; III : non paginé.

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