N° 3
Décembre 2016
Sur le terrain
Erosion éolienne - Le Pin sec
Le mur de sable - Landes
Un chantier pilote - Capbreton

Lutte contre l'ensablement


Dune communale de Naujac sur Mer (33) - Le Pin sec
Les élus de la commune de Naujac-sur-Mer (Gironde) avaient interrogé le service local ONF sur les problèmes d'ensablement de bâtiments communaux (plus des petits commerces et un camping) destinés à l'accueil du public, au niveau de la plage du Pin sec.
En février 2016, suite à une visite de chantier domanial à proximité, les élus ont confirmé leur souhait que l'ONF y réalise des travaux comprenant un recalibrage mécanique / des couvertures branches et genêts / une clôture et une plantation oyat.
La proposition d'intervention technique a dû être complétée par des interventions sur des blockhaus (destruction/évacuation) qui occasionnaient des érosions éoliennes aggravées en formant des points durs.
L'objectif de l'intervention était de lutter contre la menace d'ensablement de bâtiments communaux en :
• Retrouvant un profil aérodynamique et en le stabilisant par couverture de genêts
• Végétalisant la dune pour limiter son érosion face au vent dans l’avenir.

Le chantier a débuté à l'automne 2016, les plantations devant intervenir en début d'année 2017.
Ce chantier particulier par la proximité des enjeux à protéger, a permis de démontrer l'efficacité des techniques utilisées, celles utilisant des moyens mécaniques conjointement avec celles utilisant les processus naturels.
Les photos ci-dessus sont prises sur un parcours d’est en ouest avant travaux.
David ROBERT


Le mur de sable


Le mystère du mur de sable en forêt domaniale de Saint Julien en Born (Landes)
Nous avons évoqué dans les numéros précédents de cette excellente revue "Grains de sable" des facettes de l'Histoire de notre littoral. Et c'est quasiment en sujet d'actualité que nous apportons une nouvelle pierre à la connaissance de la grande opération de fixation des sables et de boisement des dunes.
L'intrigue a commencé début août, avec le signalement à un membre de l'association Mémoire en Marensin1 de formations dunaires atypiques dans la forêt domaniale de Saint Julien en Born, ressemblant à un « mur de sable » de grande longueur... En regardant sur le Géoportail, ce membre, qui étudie également un autre mur (celui de l'Atlantique), ainsi que l'Histoire dans la région de Contis, a vu une ligne orientée NO-SE, qui lui posa de grandes interrogations : cela ne ressemble pas à une dune naturelle ; dans ce cas, quelle était l'utilité de ce « mur », et qui l'a construit, et comment ?
Ayant reçu son questionnement par messagerie, avec l'extrait de la photographie du Géoportail, j'ai tout de suite eu un doute, et me suis replongé dans l'histoire de la fixation des dunes.
La grande opération de fixation des dunes a consisté d'une part à édifier une dune littorale à l'aide de palissades de planches, selon le procédé mis en œuvre par Jean-Sébastien Goury en 1820, et d'autre part à stabiliser les dunes intérieures par un boisement à base de pin maritime. Les travaux sur les chantiers de semis (nommés «ateliers») consistaient à jeter des graines mélangées (Pins, genêt, ajonc, gourbet...) sur le sable, qui était ensuite couvert avec des «broussailles» ou des branchages divers. Mais comme les sables à l'extérieur de l'atelier étaient encore mobiles, il fallait trouver un moyen de le protéger... avant qu'ils n'ensevelissent les travaux effectués.
• Mon doute a été levé en relisant les ouvrages des frères Harlé2, et tout particulièrement le chapitre XVII nommé «Modifications de forme produites aux dunes modernes par les travaux de fixation». Les auteurs évoquaient des «remblais» réalisés dans les parties nord et sud des ateliers, en spécifiant qu'ils étaient « provoqués par une palissade qui défendait latéralement» ces ateliers. Plus clairement, ces palissades avaient pour objectif de constituer une dune rectiligne, orientée généralement NO-SE ou SO-NE, dont la hauteur pouvait atteindre 8 à 10m, ce qui était largement suffisant pour protéger les ateliers.
• Voici donc l'explication à ce mystérieux mur de sable de plus de 3 km de longueur à Saint-Julien en Born : son origine est à situer dans les années 1830 à 1840. On retrouve localement ce type de formation, mais habituellement sur des linéaires moins importants. Le nom donné à ces ouvrages était «défilement», et Buffault3 écrit «L'art de se défiler est le soin le plus important uisqu'alors les plus légères défenses produisent un effet plus satisfaisant que des palissades en madriers jointifs chèrement établies. L'opération du défilement est celle qui mérite la plus grande attention». Leur orientation biaisée par rapport aux vents dominants permettaient tout à la fois de capter le sable jusqu'à établir cette sorte de merlon, et de faire dévier les surplus en dehors des ateliers.
Il serait intéressant de répertorier ces reliques témoignant de l'ingéniosité des fixateurs de dunes, afin de conserver la mémoire de cette grande opération d'aménagement du territoire menée au XIXe siècle !
L'association envisage de poursuivre les recherches et de réaliser des communications sur le sujet en 2016 (dans le bulletin de l'association), et en 2017 (Bulletin de la Société de Borda).

• (1) Il s'agit d'une association qui étudie le patrimoine, et la « mémoire » dans le Marensin « historique », situé entre le courant de Vieux-Boucau et celui de Contis. voir le site
• (2) Notamment «Mémoire sur les dunes de Gascogne... » par Edouard et Jacques Harlé (extrait du bulletin de la section de géographie, 1919, édité en 1920), «La fixation des dunes de Gascogne» par Edouard Harlé (extrait idem supra, 1914).
• (3)In "Histoire des dunes maritimes de la Gascogne", p 291 et s.

Gilles GRANEREAU


Chantier pilote - Capbreton


La restauration des dunes de Capbreton, un sacré chantier !
Les dunes de Capbreton avaient grand besoin d’une restauration, c’est chose faite !
Sans gestion cohérente depuis plus de trente ans, les trois kilomètres de dunes de Capbreton, entre l’urbanisation et la zone de « La Pointe » étaient devenus très mobiles et menaçantes pour les lotissements, les clôtures et équipements d’accueil vétustes et vieillissants.

La commune de Capbreton et ses nouveaux élus, dont Mr Jean Marie Marco, ont sollicité l’ONF en 2014 pour réaliser l’étude préalable à la réhabilitation des dunes. Menée entre l’automne 2014 et le printemps 2015, par le Bureau d’Etudes Littoral, cette étude a débouché sur un projet intégrant à la fois la stabilisation des dunes et la limitation du risque ensablement, et la gestion de la fréquentation des plages surveillées et des flux inhérents.
L’imbrication du tissu urbain sur ces dunes et les nombreux passages sauvages à travers la dune ont contraint à revoir les cheminements piétons et à prévoir notamment un «sentier de la dune» afin de connecter les lotissements et les sites d’accès plage entre eux. L’ensemble des mobiliers et équipements d’accueil ont été repensés.

Début 2016, après avoir participé pour le compte de la mairie à la réalisation des dossiers réglementaires (dérogation de destruction d’espèce protégée, enquête publique, permis d’aménager), l’ONF a apporté son savoir-faire lors de la phase travaux sur le lot «remodelages et stabilisation».
L’ONF a assuré le suivi des travaux de reprofilage et écrêtages réalisés par une entreprise de terrassements des différents secteurs à stabiliser. Puis l’agence travaux ONF a réalisé les couvertures de branchages et les plantations sur ces zones à sable nu.
Avec plus de 100 000 m3 de sables déplacés, 9 ha de couvertures de branchages disposées, c’est le plus gros chantier de dune en Aquitaine depuis la restauration des dunes de la Pointe du Cap Ferret à la fin des années 1980.
Ce chantier est aussi remarquable pour le niveau d’implication des citoyens et usagers du site. La commune a en effet mis en place des chantiers citoyens pour sensibiliser les capbretonais à la protection de la dune. Ces chantiers ont été un grand succès, les bénévoles ayant réalisé pratiquement un quart des couvertures et plantations, sans aucun problème d’encadrement pour les agents ONF !

Au cours de l’été, la reprise végétale a été exceptionnelle. L’immortelle des dunes «a envahi» les lettes mises en défens. Les secteurs très dégradés en contact avec les zones mobiles se sont revégétalisés, et dans les secteurs stabilisés, une flore pionnière est apparue, avec de nombreuses espèces protégées disparues du site depuis plusieurs années !
La commune de Capbreton réalisera un suivi floristique sur cinq ans mais les premiers inventaires démontrent déjà la capacité de résilience des dunes d’Aquitaine, et l’intérêt de réduire la perturbation pour le maintien de la biodiversité.

Le chantier a été suivi par les médias :
Sud Ouest
France3 Aquitaine
Vidéo
David ROSEBERY




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