N° 3
Décembre 2016
Etudes et techniques
Cordon dunaire de l'Espiguette
Dune de Mousterlin, Finistère


Cordon dunaire de l'Espiguette



Restauration du cordon dunaire de second rang de l'Espiguette
Commune du Grau du Roi - Gard

Problématique

Partie intégrante du delta de Camargue, le littoral du Grau du Roi présente des secteurs de forte érosion. Face à la problématique de submersion marine, de perte potentielle de terres, d’atteinte des activités économiques et de sécurité publique, les modes de défense se sont longtemps appuyés sur des enrochements en épi.
Le caractère inéluctable de l’érosion côtière, l’évolution des connaissances techniques, l’émergence de nouvelles stratégies de défense tant au niveau mondial que national ainsi que le coût d’entretien des infrastructures en place (digues, épis) ont amené progressivement à envisager un mode de défense alternatif : le recul stratégique.

Projet proposé : la restauration du cordon dunaire de second rang de l’Espiguette
Porté par la commune du Grau du Roi et épaulée par un groupement de maitrise d’œuvre pluridisciplinaire (BRLi, ONF, EID), un projet de recomposition spatiale a ainsi pu voir progressivement le jour.
Une ligne de défense de 11 km (dont 5,5 km reconstitués) en retrait du littoral a ainsi été confortée en s’appuyant sur des modelés dunaires existant mais aussi sur des infrastructures anthropiques en place (routes, pistes, digues, etc.) réaménagés en conséquence.

Etapes de réalisation :
2009 - 2012 : création du comité de pilotage du projet de restauration du cordon dunaire de second rang de l’Espiguette et études techniques hydrauliques, topographiques, écologiques et paysagères.

2013 : élaboration des nombreux dossiers réglementaires nécessaires : autorisation d’utilisation du Domaine Publique Maritime, autorisation de modifications d’un site classé, dossier Loi sur l’eau, étude d’incidences NATURA 2000, dossiers CNPN, Déclaration d’Utilité Publique.
Juillet 2014 - Février 2016 : réalisation des travaux.

Mesures de réduction, d’accompagnement et de compensation des impacts écologiques et paysagers :
• enlèvement préalable des espèces dites à caractère invasif, adaptations paysagères et environnementales des modelés reconstitués (évitement de mares, prise en compte de la végétation en place, etc.),
• semis d’espèces dunaires de provenance locale sur les cordons dunaires reconstitués afin d’hâter leur recolonisation végétale, gage de la fixation du sable (en relai du paillage par nappes de phragmites ou de toiles de jute vouées à disparaitre).
• réhabilitation d’une friche agricole et reconnexion avec les formations dunaires environnantes (création d’arcs dunaires, enlèvement de haies et de plantes à caractère invasif), plantation de tamaris en faveur des oiseaux, creusement de mares en secteurs favorables aux batraciens, suivis de stations de Saladelle de Girard (espèce végétale protégée et emblématique du site de l’Espiguette).

Les principaux critères de réussite :
L’expérience de la mise en œuvre de la restauration du cordon dunaire de second rang de l’Espiguette permet de dégager un certain nombre de principes primordiaux pour la réussite de ce type de réalisation :

• nécessité de s’appuyer et de respecter les processus naturels dynamiques pour concevoir un aménagement suffisamment résistant et résilient,
• besoin d’un accompagnement tant financier que technique par les acteurs publics (services de l’Etat, Région…) pour que les collectivités s’engagent dans de telles opérations,
• nécessité d’un dialogue avec les personnes intéressées (élus, riverains, acteurs de la biodiversité, etc.) sur plusieurs années qui conditionnent l’évolution progressive des mentalités et amènent à une acceptation sociale.
• maîtrise de la propriété des terrains sur lesquels s’inscrit le projet,
• collaboration étroite entre les équipes de maîtrise d’ouvrage et de maîtrises d’œuvre, les entreprises en charge de la réalisation des travaux et les services de l’Etat ainsi qu’une forte réactivité technique de tous face aux aléas de chantier se faisant jour.
• Communication régulière et validations de chaque phase clef du projet par les services de l’Etat

Les limites de telles solutions :
Le chantier étant terminé depuis à peine un an, il est tout de même possible d’isoler d’ors et déjà quelques limites dont la première est majeure et des plus limitatives : disposer d’assez d’espaces « tampons » au sein de l’espace littoral face aux installations présentant des enjeux sociaux ou économiques pour s’orienter vers cette solution de recomposition spatiale. D’autres sont d’ordres plus techniques et matériels : complexité des montages financiers, complexité de la législation.

implications de l’ONF
Compte tenu des sensibilités écologiques et paysagères majeures du site classé de l’Espiguette, l’ONF a accompagné la commune du Grau du Roi dans la phase de définition technique du projet et a élaboré les divers dossiers réglementaires nécessaires à sa réalisation. Nos services ont également répondu à l’exigence forte de suivi de chantier demandée par les services de l’Etat (DREAL service Nature et inspecteur des sites).
La collaboration fine entre l’équipe de maîtrise d’œuvre, les entreprises en charge des travaux, les services techniques de la commune du Grau du Roi, le Conservatoire du Littoral, le Conservatoire des Espaces Naturels Languedoc-Roussillon et les services de l’état ont permis l’achèvement de ce chantier malgré de nombreux aléas : tempête, entrées de mer, adaptations du projet initial ou de ses accès.
Cécile GUERIN et Benoît LARROQUE




Dune de Mousterlin - Finistère



Suivi des travaux de restauration
En parallèle du travail important de réorganisation des cheminements dédiés au public, des travaux de restauration du milieu ont été initiés en 2012 pour éliminer les plantations de cyprès de Lambert et pin de Thunberg sur la flèche sableuse de Mousterlin.

Dans le cadre de la MIG dune, un suivi a été lancé pour évaluer les premiers effets sur le milieu en 2016. Il s'agit de la première étape d'un suivi sur le long terme car les travaux se poursuivent. L'idée est de répartir les interventions dans le temps, dans une région où l'arbre est un élément important du paysage et où chaque abattage nécessite une concertation avec les riverains par le biais de la collectivité.

Les premiers résultats sont encourageants car un certain nombre d'espèces patrimoniales de la dune réapparaissent. Certaines bénéficient d'une protection régionale : linaire des sables, myosotis de Lebel. L'inventaire a aussi permis de retrouver une espèce nouvelle pour le Finistère : la capselle couchée (Hornungia procumbens).

Le rapport fera l'objet d'une synthèse lors de la prochaine (et dernière dans l'organisation actuelle) réunion du réseau littoral COAL.
Christophe ROLLIER

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