N° 3
Décembre 2016
Dossier
Biodiversité et gestion des réserves
La biodiversité et la gestion des réserves sur le littoral Aquitain
Certains écosystèmes dunaires sont remarquables et abritent une multitude d’espèces à fort intérêt biologique, à la fois rares et exigeantes en ce qui concerne leurs conditions de milieu. Les dunes littorales non boisées s’imbriquent aux dunes boisées, s’entremêlent en arrière du cordon dunaire aux lettes humides dulcicoles, des prairies et landes, des marais, des ourlets forestiers aux individus anémomorphosés… La valeur patrimoniale particulièrement élevée de ces sites, le besoin d'une protection réglementaire renforcée ou d'une gestion conservatoire spécifique, justifient d'aller au-delà de la gestion multifonctionnelle « ordinaire » qui concilie protection, production et rôle social. C'est pour cela qu’ont été créées les réserves.

L’enjeu principal de la mise en place du statut règlementaire de Réserve est la préservation de la biodiversité. Bien souvent, il complète d’autres zonages et inventaires (Natura 2000, ZNIEFF, ZICO…), et les efforts de gestion sont concentrés sur l’enjeu de conservation de la faune et de la flore, l’enjeu de production étant alors moindre au sein de ces massifs dunaires forestiers.
En présence de milieux humides, d’eau douce ou saumâtre selon le contexte, l’intérêt ornithologique est par exemple très fort, notamment lors des périodes de migration.

Plusieurs types de réglementation de réserves existent dans les terrains gérés par l’ONF. Les Réserves peuvent être Réserves Naturelles Nationales (RNN du Code de l’Environnement), elles peuvent concerner alors tous types de milieux et de situations foncières : propriétés privées (de collectivités ou de particuliers), domaines publics.
Elles peuvent être aussi Réserves biologiques (RB), statut spécifique édicté par le Code Forestier pour les forêts de l'Etat (domaniales) et les forêts des collectivités (communes, départements, régions...). En fonction du type de milieux et des enjeux, les RB peuvent être de type intégrales (RBI = libre évolution) ou dirigées (RBD = gérer pour mieux conserver la biodiversité), et donc nécessiter des interventions plus ou moins importantes.

Quel que soit le type de Réserves, leur gestion est orchestrée par les préconisations d’un plan de gestion réalisé sous le contrôle d’un Conseil Scientifique. Les mesures sont variées selon les enjeux des territoires :

des actions de connaissance et de gestion des milieux naturels : la lutte contre les espèces exotiques envahissantes (Baccharis, Jussie…), le contrôle des dynamiques d’embroussaillement dans les milieux ouverts comme les landes ou les pelouses, la mise en place de suivis et inventaires d’espèces faunistiques et floristiques, la réalisation de travaux de gestion hydraulique…

des missions d’accueil du public : l’aménagement d’infrastructures légères, la sécurisation et la canalisation du public, des animations et de la communication…

Les milieux dunaires sont pour la plupart dans des contextes sédimentaires en érosion (sauf la pointe d’Arçay en Vendée, qui est en accrétion). La forte fréquentation du public, notamment estivale, est aussi un point commun important à intégrer à la gestion de ces Réserves littorales.

Véritables «laboratoires», l’ONF mène sur ses réserves des expérimentations élaborées en fonction des possibilités techniques et financières locales, comme par exemple la mise en place de pâturage, la création de mares... Les divers suivis engagés au fil du temps permettent ensuite d’orienter progressivement la gestion globale vers les objectifs attendus et définis en amont dans le plan de gestion.

Pour répondre au mieux aux objectifs scientifiques et pédagogiques attendus, l’ONF constitue aujourd’hui une mise en réseau de ces réserves sur la façade atlantique. L’objectif est d’essayer de mutualiser les protocoles de suivis mis ou à mettre en place, d’échanger sur les bonnes pratiques de gestion, les résultats obtenus.

Au nord de Lespecier, la réserve de la Maillouèyre Mimizan - 40 (photo gauche), créée en 2011, abrite une mosaïque d’habitats dunaires et arrière-dunaires sur 115 hectares. Héritage de l’ancien lit du courant de Mimizan, deux étangs accueillent quelques espèces particulièrement rares.

L’ouverture d’une prairie arrière-dunaire a induit la présence de nouvelles espèces d’odonates, de lépidoptères et de reptiles. Deux ans après la création de 9 mares arrière-dunaires, des nouvelles espèces d’amphibiens apparaissent.
L’installation d’équipements comme un belvédère, un observatoire, des sentiers de découverte, des visites guidées, permettent aujourd’hui au public d’appréhender l’ensemble des habitats de la RBD et la faune et la flore associés (photo droite). La réhabilitation d’anciennes écuries aux abords de ce site sera l’occasion d’installer un nouveau pôle d’information sur les dunes littorales, en lien avec les collectivités locales.
Emilie SAUTRET


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